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23.03.2008
Des coups pour rien
Un vieux boxeur m’a dit un jour : “Une bonne droite fait baisser la garde. Un gauche appuyé secoue. Mais c’est au milieu – avec le direct à la face ou l’uppercut au menton – qu’on met KO.”
On pourrait y voir un thème de campagne de François Bayrou. Ce serait lui faire trop d’honneur. Visiblement, le schéma du vieux boxeur ne s’applique pas à la politique, où le centre ne sert que de sauce aux morceaux du rôti. Mais puisque nous sommes montés sur le ring, restons-y. La boxe inspire une autre comparaison. Une droite n’ébranle que si un droitier la délivre ; un gauche n’est percutant que s’il émane d’un gaucher. Or le drame de notre politique est là : ce sont des gauchers qui tapotent de la droite et des droitiers qui battent l’air du gauche, pour se retrouver en fin de compte dans la bouillie du centre. Que la droite d’un gaucher soit faible est sans grande conséquence. En se teintant de rose pour racoler des électeurs, la tradition réactionnaire ne risque pas de se dénaturer, car son essence est la défense de ses privilèges. Il suffit à ses tenants de bien se protéger. Plus grave est pour la gauche de manquer de gauchers : le coup mollit, la vigueur s’émousse. La tradition progressiste, elle, se dénature, car son essence est l’attaque des privilégiés. Son rôle est (ou devrait être) offensif. Finalement, le match politique français est une querelle de mouches dans la confiture : les droites sont timides, les gauches sont des pichenettes. Tout baigne dans l’huile du néolibéralisme atlantique. Le champion en titre n’a pas pris de coups, le challenger n’en a pratiquement pas portés. Et lorsque le gong retentit, les flasques adversaires se rhabillent pour dîner ensemble dans un bon restaurant.
Le seul qui n’est pas content, c’est le peuple, qui a payé cher le prix des places. Il a été floué par un spectacle nul. Il faudra qu’il se remue beaucoup pour se faire rembourser.
Louis Dalmas.
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