23.04.2008
RÉFLEXIONS PEU CONVENABLES
Un de mes manuscrits a enfin trouvé un éditeur (que je remercie au passage) et doit être publié en octobre prochain par les éditions Tatamis de Jean Robin sous le titre “Le crépuscule des élites”.
Il a été écrit, pour sa plus grande part, il y a deux ans, et il a été refusé par une dizaine d’éditeurs peu soucieux de courir le risque d’exprimer des opinions en marge de la pensée unique. J’y prévoyais les fureurs des jeunes de banlieue et l’approfondissement du gouffre qui sépare les pauvres des riches et les peuples de leurs gouvernements, avec pour conséquence une future explosion sociale. J’étais sans doute un des seuls à en parler à l’époque. Depuis, les banlieues ont connu des éruptions brutales, les élections connaissent un accroissement des abstentions, les sondages révèlent le peu d’enthousiasme des gouvernés pour les décisions de leurs gouvernants et la colère des démunis commence à se manifester avec violence un peu partout dans le Tiers monde avec, entre autres, les émeutes de la faim.
On ne peut que constater, avec regret, que le temps perdu à chercher un éditeur et les délais nécessaires à la préparation d’une parution quand on en a trouvé un transforment la prévision en confirmation.
Notre journal B. I., dans son n° 132 de mai, évoque les vantardises d’Hillary Clinton qui a prétendu fuir sous la menace des snipers lors d’une visite en Bosnie, alors qu’elle était tranquillement accueillie sur l’aéroport par les notables locaux. Convaincue de mensonge par une vidéo de CNN, elle s’est contentée d’avouer qu’elle s’était mal exprimée. Bill Clinton a voulu sauver sa femme en ajoutant qu’elle avait raconté son histoire un soir de fatigue, et que la description de son admirable audace n’était, qu’une négligeable et unique incidence qui lui avait pratiquement échappée. Manque de chance : le New York Times rappelle qu’Hillary n’a cessé de faire figurer l’anecdote dans ses discours électoraux depuis le mois de janvier. Comme quoi, la famille Clinton n’en est pas à un mensonge près.
Obama, s’il est élu président, changera-t-il la politique étrangère américaine ? J’en doute. Jusqu’à nouvel ordre elle reste définie par sa propension à résoudre les problèmes internationaux par l’ingérence politique et militaire, dans le cadre de sa volonté d’hégémonie mondiale. Cela va de l’encerclement de la Russie et du dénigrement de la Chine , des oppositions financées et des scrutins biaisés d’avance dans les pays d’importance stratégique, jusqu’aux préparatifs de guerre contre l’Iran, la Syrie ou la Corée du Nord et aux bombardements des Etats rétifs comme la Yougoslavie. En fin de compte, la doctrine du Pentagone est : “On envoie tout ce qui vole contre tout ce qui bouge” . Comme ça, on est sûr qu’il n’y aura plus personne pour résister.
En France, la sécurité sociale ne rembourse pratiquement pas les dépenses de santé en matière d’appareils auditifs, de lunettes ou de prothèses dentaires. Mon épouse Ivanka Mikitch y voit un symbole : comme par hasard, on refuse au peuple les moyens de soigner les oreilles, les yeux et la bouche. Comme si on lui interdisait d’entendre, de voir et de parler. Un peuple sourd, aveugle et muet est le peuple le plus facile à gouverner…
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23.03.2008
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Des coups pour rien
Un vieux boxeur m’a dit un jour : “Une bonne droite fait baisser la garde. Un gauche appuyé secoue. Mais c’est au milieu – avec le direct à la face ou l’uppercut au menton – qu’on met KO.”
On pourrait y voir un thème de campagne de François Bayrou. Ce serait lui faire trop d’honneur. Visiblement, le schéma du vieux boxeur ne s’applique pas à la politique, où le centre ne sert que de sauce aux morceaux du rôti. Mais puisque nous sommes montés sur le ring, restons-y. La boxe inspire une autre comparaison. Une droite n’ébranle que si un droitier la délivre ; un gauche n’est percutant que s’il émane d’un gaucher. Or le drame de notre politique est là : ce sont des gauchers qui tapotent de la droite et des droitiers qui battent l’air du gauche, pour se retrouver en fin de compte dans la bouillie du centre. Que la droite d’un gaucher soit faible est sans grande conséquence. En se teintant de rose pour racoler des électeurs, la tradition réactionnaire ne risque pas de se dénaturer, car son essence est la défense de ses privilèges. Il suffit à ses tenants de bien se protéger. Plus grave est pour la gauche de manquer de gauchers : le coup mollit, la vigueur s’émousse. La tradition progressiste, elle, se dénature, car son essence est l’attaque des privilégiés. Son rôle est (ou devrait être) offensif. Finalement, le match politique français est une querelle de mouches dans la confiture : les droites sont timides, les gauches sont des pichenettes. Tout baigne dans l’huile du néolibéralisme atlantique. Le champion en titre n’a pas pris de coups, le challenger n’en a pratiquement pas portés. Et lorsque le gong retentit, les flasques adversaires se rhabillent pour dîner ensemble dans un bon restaurant.
Le seul qui n’est pas content, c’est le peuple, qui a payé cher le prix des places. Il a été floué par un spectacle nul. Il faudra qu’il se remue beaucoup pour se faire rembourser.
Louis Dalmas.
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